A propos de la monétisation du CPF

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Le journal « Le Monde » a récemment donné une contribution sur cette thématique. Que change le passage de la dotation en heures du CPF à une dotation en euros ? Quels sont les enjeux ?

Distinguons.

 

Il y a des enjeux visibles et des enjeux non visibles. Les enjeux visibles concernent le passage des heures à l’euro, ce sont les manifestations d’une modification des catégories de gestion.

 

Les enjeux non visibles posent, eux, la question de ce qui fait valeur dans une action de formation. Ce qui fait valeur, bien sûr, mais ce qui produit de la valeur dans l’agrégat de processus que l’on appelle action de formation.

 

  1. Enjeux visibles : des heures traduites, ou transformées comme l’on voudra en euros

 

Pour certains, l’élément de référence pour construire et gérer une formation, pour la nommer, la désigner, la valider, la présenter, c’est le nombre d’heures suivies par le formé quel que soit son niveau.

 

Tout se passe comme si « se former » était avant tout passer des heures en classe, en séminaire ou en groupe de travail, à écouter un enseignant, à produire et réaliser des exercices, participer à des travaux dirigés, en situation de formation ou en situation de production, peu importe, mais dans tous les cas, ce sont les heures qui sont comptées.

 

Nous avons eu beaucoup de mal ces dernières années à faire accepter pour les formations à distance d’une part, puis pour les formations numériques des heures disons d’appropriation des contenus proposés de manière digitale, heures qui ne pouvaient pas être réduites à des heures de présence physique à écouter un enseignant, à exécuter ses demandes, etc.

 

Cela a fini par être entendu mais non sans mal.

 

Aujourd’hui, « l’affaire » continue. L’impossibilité à penser autrement qu’en termes d’heure les activités de formation persiste. Certains responsables d’organisme de formation continue se demandent comment ils vont pouvoir et devoir prendre en compte cette monétisation du compte personnel de formation pour gérer les heures des séminaires. Ils essaient de faire des économies en mélangeant le digital et le présentiel, ou encore en proposant des travaux personnels mais qui ne sont comptés en heure. ou Ils imaginent aussi différentes formes d’abondement pour élargir le financement du stage suivi par la personne en formation afin de disposer d’une enveloppe d’euros plus conséquente pour financier la formation toujours pensée… en heures mais présentée en Euros.

 

Tout repose sur cette idée très ancienne, se former c’est suivre des heures de cours, des heures de séminaire, c’est être physiquement présent dans un lieu de formation. C’est cela que l’on finance et c’est aussi cela que l’on contrôle. Modèle scolaire et universitaire, modèle de gestion dominent les modes de penser la formation .

 

La justification du compte d’heures se fondait par les idées de contrôle et de bonne gestion. Il y avait des sous-entendus sur les heures suivies par les formés. Certaines étaient reconnues et appréciées par l’organisme financeur, alors que d’autres ne l’étaient pas. On établissait des listes d’organismes appréciés, et reconnus, et on établissait aussi des listes d’exclus.

 

Sur quels critères ? La question reste entière et il vaut mieux ne pas chercher à bâtir des réponses.

 

  1. Les enjeux non visibles de la monétisation du CPF

 

On peut dire qu’une action de formation, ça n’est pas simplement un ensemble d’heures suivies par un formé avec un formateur. C’est un ensemble de processus de différentes natures qui composent l’action de formation et qui, par leur suivi, leur mise en mouvement, leur accompagnement, produisent les effets d’apprentissage souhaités et contribuent à ce que le formé accède aux compétences visées.

 

Avant d’aller plus loin, il nous faut décrire, essayer de nommer les processus qui composent une action de formation, et voir si possible pour chaque processus ceux qui peuvent effectivement être comptabilisés en heures et ceux qui ne peuvent pas l’être et pourquoi.

 

Essayons de les nommer simplement.

 

Il y a des temps d’enseignement, mais qui peuvent être passés et consacrés à la lecture de documents, exemple des anciens cours par correspondance, ou ou au suivi actif mais numérique d’un séminaire, à la consultation d’une base de données, à l’interpellation de l’enseignant mais de manière numérique, ou quelquefois un suivi actif et participatif d’un séminaire digitalisé.

 

Mais il y a aussi des actions d’accompagnement. Ces accompagnements ont un coût. Tout dépend de ce qu’ils visent. Est-ce qu’ils visent à une bonne maîtrise du processus métier que le formé veut apprendre à maîtriser ? Est-ce qu’ils visent la bonne appropriation d’une ressource, d’un contenu savoir ou savoir-faire ? Ou encore est-ce qu’ils visent un accompagnement du type méthodologique pour apprendre à travailler dans les nouveaux espaces de formation d’aujourd’hui ?

Ce sont des accompagnements, dans les trois cas, mais ils sont très différents.

 

On peut ajouter à cela des processus de découverte du métier visé par le jeune ou l’ancien qui veut se former. Ces processus peuvent être numériques ou physiques. Cela prend du temps, cela a un coût mais cela est d’une toute autre nature que les heures passées à suivre un cours.

 

Continuons cette description sommaire.

 

Il y a dans les processus constitutifs de l’action de formation qui processus qui favorisent l’accès à des ressources : ressources métiers, ressources savoirs fondamentaux, ressources savoirs appliqués ou autres.

 

Il y a aussi des accès à des cartes descriptives, des compétences et des ressources visées que l’on veut maîtriser pour exercer le métier principal, mais aussi des métiers voisins.

 

 

 

 

A l’aide ce ces cartes, on peut alors bâtir et négocier des parcours. Parcours que l’on va construire dans une situation avec les ressources disponibles dans la situation où on se trouve. Nouvelles manières de faire de l’ingénierie de Formation aujourd’hui.

 

En résumé, il y a des voies d’accès de toute nature en direction des ressources et en direction des hommes et des femmes de métier, en direction des gestes professionnels que l’on veut maîtriser et s’approprier. Il faut pouvoir les financer et cela ne se compte plus aujourd’hui en termes d’heures parce qu’elles sont quelquefois insaisissables ces heures, ou elles sont très différentes des heures classiques passées dans la vis-à-vis pédagogique formé et formateur. Elles se comptent en euro.

 

Ces voies d’accès n’ont pas toutes la même valeur . Elles apportent plus ou moins de référence et d’efficacité à la personne qui emprunte ces parcours pour accéder à ces ressources. Se pose aussi la question du sens . Pae exemple qu’est-ce qui fait sens et valeur lorsque l’on rencontre un professionnel du métier que l’on vise ?

 

Les heures, quelques heures que l’on passe à s’entretenir avec lui sur ce que l’on veut et faire, et ce que l’on a cru comprendre du métier visé, ont une valeur inestimable. Bien entendu, cette valeur est fonction du professionnel que l’on rencontre et de la capacité du prétendant en formation à poser les bonnes questions. Mais il y a là une valeur qui ne peut pas s’apprécier en heures.

 

On peut penser que ce moment est un moment de grande valeur, qui a toute sa place dans le processus de formation. On peut aussi penser que la possibilité de vivre en situation réelle des processus de mise en œuvre des gestes professionnels qui font le métier que l’on vise est un moment de grande valeur et de sens. On comprend alors les gestes à produire, gestes physiques ou gestes conceptuels. On est capable de les répéter, de les copier, de les analyser et même de les réinterpréter.

Arrêtons ici cette première description.

 

Donc, la question de la monétisation des CPF n’est pas une question banale et simple, un simple passage du compte d’heure au compte euro. C’est une question qui interroge les processus qui composent toute action ou de formation. Certains de ces processus ont une valeur, d’autre pas.

 

Un fait est certain : le temps passé à suivre des enseignements présentiels ou numériques n’est plus premier dans les actions de formation et organisateur de l’ensemble des processus qui font l’action de formation. Une route nouvelle est ouverte, où l’on peut combiner et agencer entre eux ces différentes familles de processus.

 

Une autre ingénierie de la formation et de la production de compétences peut s’inventer.

 

Y.M

Le 15/01/2019

 

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